C’est un moyen de s’exprimer.
Le camp, malgré sa réputation de forme d’auto‑dérision, peut être un outil politique efficace pour les communautés marginalisées. Des chercheurs soutiennent qu’il est en réalité le moyen le plus pertinent d’exprimer une identité rejetée par la société dominante. En combinant humour, androgynie, esthétique, artifice et extravagance, il peut créer un sentiment de communauté propre à l’expérience camp.
Dans son article pionnier « Notes on Camp », Susan Sontag distingue deux types de camp : intentionnel et involontaire. Le camp délibéré se caractérise par un mélange d’exagération, de kitsch et d’artifice stylistique. À l’inverse, le camp involontaire mêle humour et sincérité.
Le camp est une esthétique queer issue de la communauté LGBT. En réaction à la marginalisation et à l’oppression sociales, il a permis à des hommes gays d’exprimer leurs aspects perçus comme féminins ou efféminés. De nos jours, des auteurs de talent comme Maurizio Cattelan, John Waters et Grayson Perry s’en inspirent.
C’est une forme d’insoumission.
Depuis 1909, l’idée de camp incarne la flamboyance et la théâtralité. Elle a été particulièrement prisée par des hommes gays, qui l’ont utilisée pour subvertir les notions conventionnelles de masculinité. Le camp inclut des performances de drag et des films cultes comme The Rocky Horror Picture Show. En recourant à la fabrication et à l’artifice pour s’opposer aux discriminations, il devient aussi un moyen de résister aux limites culturelles répressives.
Des universitaires ont élargi la notion de camp au‑delà de la culture populaire. Par exemple, ils ont établi des liens entre le camp et les déchets matériels ainsi que la culture dite « trash ». On parle aussi de « high camp », caractérisé par la performance expérimentale et des vêtements avant‑gardistes.
C’est une forme de défi et de résistance face au stéréotype passif et docile que la société impose. Par conséquent, adopter une esthétique camp pour s’exprimer peut être très gratifiant. Avant d’utiliser le camp comme mode de protestation, il y a toutefois quelques éléments à considérer.
C’est une activité agréable.
Le camp est un moyen de découverte de soi et de détente, en plus d’être divertissant. Il aide les enfants à développer des compétences socio‑émotionnelles en les exposant à divers environnements, à des emplois du temps flexibles et à un groupe de pairs varié. En leur permettant d’affronter des revers raisonnables et des déceptions, il contribue aussi à leur résilience et à leur confiance en soi.
L’essai de Susan Sontag de 1964, « Notes on Camp », a fait connaître le sujet au grand public. Elle y a listé cinquante‑huit traits de cette théâtralité nouvelle, audacieuse et satirique, et l’a reliée à la communauté LGBT.
Aujourd’hui, le camp est de plus en plus répandu. L’image camp reste actuelle, que ce soit grâce à RuPaul’s Drag Race, à la reprise à Broadway de Hedwig and the Angry Inch, ou à l’essor de maisons de mode opulentes comme Gucci. Et même s’il n’est plus aussi explicitement LGBT qu’autrefois, le camp continue d’utiliser humour, androgynie, esthétique, exagération et ironie pour subvertir les normes sociales. Il demeure une tactique de résistance pour les groupes sous‑représentés.
C’est une manière de transmettre des idées politiques.
Malgré l’affirmation de Sontag selon laquelle Oscar Wilde aurait inventé le camp, celui‑ci est devenu un aspect fondamental de la culture queer et est souvent utilisé comme moyen de protestation et d’expression politique. On le retrouve dans divers films et programmes, notamment RuPaul’s Drag Race, une émission de téléréalité, et Pink Flamingos, réalisé par John Waters en 1972. De plus, de nombreux artistes ont présenté des œuvres inspirées du camp, parmi eux Tony Oursler, Jim Shaw et Mike Kelley.
Même s’il peut être difficile de classer des images comme camp, l’artifice stylisé, le kitsch assumé et l’exagération ludique sont des caractéristiques qui les distinguent. Il combine fréquemment humour, nostalgie et ironie. C’est un style provocateur, souvent mal interprété. Les personnes LGBTQ l’ont réellement utilisé comme tactique de résistance pour reconquérir des espaces sociaux et culturels qui leur étaient refusés. C’est un moyen de favoriser les liens et le sentiment de communauté. Les communautés queer l’ont aussi utilisé pour protester contre des entreprises et des gouvernements perçus comme oppressifs.
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